Ce weekend, c’était direction les Bouches du Rhône pour les membres de l’équipe restreinte du cycle grandes voies. Objectif principal : les falaises Soubeyrannes au cap Canaille entre Cassis et La Ciotat. Objectif secondaire, tant qu’à aller jusqu’à là bas, autant y rester le weekend entier et tenter l’ascension du Grand Parcours à la Sainte Victoire.
Ça, c’est la théorie. Dans la réalité, la météo a un peu chamboulé le programme. Nous partons de Cagnes le vendredi soir pour passer la nuit en bungalows au camping de Roquefort la Bédoule, « Aux portes de Cassis », petit camping plutôt bien situé pour nous. L’ensemble du groupe se retrouve au petit resto vietnamien du village pour une première soirée.

Les cordées sont déjà organisées, mais les prévisions météorologiques sont de plus en plus pessimistes et c’est sous une pluie battante que nous nous réveillons le lendemain. Plan de secours, direction la salle Climb Up Aubagne où nous passons une bonne partie de la journée à faire tantôt du bloc, tantôt des voies. Moins sexy qu’une journée en falaise mais largement plus fatiguant !
Le soir, ce sont Jean et Laura qui nous quittent. Ils n’ont pas leur dimanche et le plan a tourné court pour ces deux là. Xav et Alexis, qui avaient prévu de repartir également, décident de rester pour une nuit supplémentaire. On passe la soirée dans un bar à bières à manger saucissons et fromages et organiser le lendemain. Cette fois, pas de pluie au rendez-vous !

Le grand Parcours est une voie d’environ 14 longueurs qui grimpe l’ensemble de la montagne Sainte Victoire jusqu’à la crête sommitale au niveau de la paroi du signal. C’est un itinéraire d’ampleur en grande partie terrain d’aventure avec cotation max en 5c+/6a. Nous ne sommes pas certains d’avoir le temps d’arriver en haut, surtout avec 4 cordées qui se suivent ! Il va falloir partir tôt et être efficaces. Le parcours se divise en 3 tronçons avec des échappatoires plus ou moins faciles entre.
- Partie 1 : aiguille Bertine
- Partie 2 : paroi médiane
- Partie 3 : paroi du signal

L’idée est que je parte devant en repérage, dans une cordée rapide. Je choisis de prendre Thibault avec moi. Derrière, une cordée Anaïs, Gautier et Roxane. Djé sera leader de la cordée avec Sandrine et Flo. Alexis, Xav et Matthieu font la dernière cordée.
Pour la première partie, on décide de se séparer en deux groupes : 2 cordées iront dans le Grand Parcours tandis que 2 cordées grimperont par une autre voie (les masques de pierre) pour se retrouver au sommet de l’aiguille Bertine avec un décalage qui devrait améliorer la fluidité globale. Nous voilà fin prêts, retour aux bungalows pour préparer les sacs et pour nous coucher tôt : départ à 6h30 !
Le matin, c’est donc réveil à 5h45. Petit déj, rangement des bungalows et départ à l’heure. La distribution du matériel commun au parking se fait à la lumière pâle de l’aube. Heureusement la marche n’est pas trop longue et c’est à 8h que les premiers grimpeurs s’élancent en même temps que le soleil vient réchauffer les parois encore glacées.

J’attaque ma longueur en confiance, le nom étant marqué au pied. Une bonne journée commençant toujours par se perdre (et n’ayant pour ma part pas très bien regardé le topo), je ne suis pas l’itinéraire qui tourne à gauche mais passe droit jusqu’à un relais. La L2, pas très dure, ne correspond pas à la description mais je parviens à retrouver la voie et le pied du dièdre en 5c qui correspond bien à la L3. Le dièdre passe bien malgré un premier point un peu haut qui donnera du fil à retordre à Anaïs, leadeuse de la cordée suivante. Je retrouve Djé au sommet de l’aiguille Bertine pour qui l’itinéraire n’a pas été beaucoup plus simple, ni les cotations plus cohérentes.
Le tronçon suivant commence par une navigation sur un système de larges vires et petits ressauts que j’avale en corde tendue avec Thibault. Pour arriver au pied d’un beau 5b en fissure que j’attaque sans attendre, pensant les cordées juste derrière moi. Mais j’étais un peu trop optimiste et dans ce genre de terrain, mes stagiaires préfèrent assurer en toute sécurité (ce que je ne peux pas leur reprocher), ce qui prend un peu plus de temps.

2 longueurs plus loin, on se retrouve avec Thibault sur une arête d’où j’ai la possibilité de redescendre à pied pour retrouver les autres cordées qui arrivent les unes après les autres au pied du 5b. Certains sont déjà bien fatigués, le mistral commence à bien forcir et ça parle de rebrousser chemin. Finalement, c’est Alexis qui relance la dynamique en repartant devant. Xav, en second, place des protections pour Sandrine qui suit en tête. Ça c’est l’esprit d’équipe !
Je m’assure que tout se passe bien avant de remonter chercher Thibault, un peu avant qu’Alexis ne le rejoigne. Pour nous, c’est reparti pour de la corde tendue sur 2 longueurs faciles en arête pour arriver au pied du signal, dernière et plus grosse difficulté. On est bon niveau timing mais je me doute que la plupart vont s’arrêter ici. Le vent sur l’arête était fort et le froid mordant ! Je m’élance tout de même dans la suite, un long dièdre mal commode et un peu mouillé des pluies de la veille. Les cordées dessous se rassemblent et décident d’arrêter là. Vu la difficulté de ce que je viens de grimper, je ne risque pas d’insister. On termine donc la voie avec Thibault et nous voilà au sommet du signal à 16h, 8h après notre départ tout de même.

Après avoir profité de la vue sur la mer et les Alpes enneigées, on prend le chemin de retour qui nous ramène au parking en 1h, pas si longtemps après l’autre groupe qui gérait sa descente sur un chemin pas facile, nécessitant même un rappel.
Le weekend fût au final assez intense, entre une grosse séance en salle, l’escalade en terrain d’aventure, le vent, le froid et le réveil très tôt. Le lundi au boulot va être dur pour la plupart !

Même si on n’a pas atteint l’objectif du sommet le dimanche, la journée s’est bien déroulée sans incident ni problème majeur. Reste à développer un peu l’analyse du terrain et la gestion prise de risque/efficacité, des compétences qui ne s’acquièrent que par l’expérience et une bonne connaissance de ses propres capacités. Faites vous confiance, vous êtes bien meilleurs que ce que vous pensez !!
Prochaine étape en local sur le baou de St Jeannet dans un mois.